Dimanche 24
Il neige.
Il a neigé pendant la nuit. Trois fois rien, juste de quoi saupoudrer l’herbe encore grasse d’une fine couche qui la fait passer d’un vert foncé à un vert clair. Juste assez pour que ne distingue plus la couleur rosée du bitume des allées.
Tout est calme. Personne n’a pris sa voiture ; la neige effraie, elle est synonyme de glissade et les gens n’aiment pas glisser ; perdre pied fait partie des angoisses profondes des êtres humains.
Il ne neige qu’une fine neige qui virevolte dans l’air, qui ne semble même pas vouloir se poser par terre tandis qu’au-dessus de l’horizon pointe un soleil orange qui peine à montrer ses contours.
Ce matin, il ne fait que 6°C à Istanbul et il fait 34°C à Bangkok.
Ici il fait -2°C et j’ai très envie de retourner à l’écriture, l’écriture des jours qui filent leur toile.
Je n’avais pas pensé qu’en partant si loin je ferai un grand écart au point de subir une amplitude de 40°C ou plus. Je vais aller à l’aéroport en doudoune et je vais arriver sous les tropiques ne sachant que faire du surplus de vêtements.
Aujourd’hui je commence à angoisser parce que je sais qu’il ne me faudrait pas grand-chose pour perdre pied. Perdre pied à 14 000 kilomètres de là ne serait pas judicieux et serait propre à me détruire définitivement.
Si je voulais partir là-bas par la route, il me faudrait passer par l’Allemagne, l’Autriche, la Slovénie, la Croatie, la Bosnie-Herzégovine, la Serbie, la Bulgarie, la Turquie, l’Iran, l’Afghanistan, le Pakistan, l’Inde et la Birmanie. Ça me rappelle quelque chose cet itinéraire…
Le soleil est un peu haut à présent et il neige toujours, de la poudre fine que le vent balaie comme de la fumée blanche.
Photo © Sailing “Footprints: Real to Reel”
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