#118
Je ne sais pas si c’est cette chaleur ou le signe des temps qui me fait percevoir ces journées derrière le prisme de jours sur lequel je n’ai aucune prise. Tout se déroule sans que je puisse avoir d’influence sur le cours des événements. Loin de capituler, je me sens entraîné dans une arène dont je ne connais pas les spectateurs et cela m’angoisse parfois. Je pense que le fait que le quotidien ne fonctionne plus sur un mode absolument réglé est en train de me déphaser. Les vacances arrivant, tout le monde lâche prise au travail et moi je perds mes repères ; je deviens un animal rigide, avec ses habitudes, ses modes de fonctionnement très binaires.
Poul Stripo, Plougrescant (Plougouskant)
Côtes d’Armor, juillet 2013
Les jours passent vite. Dans moins d’une semaine, je m’envole, je pars enfin vers cette destination que je désire et qui pourtant m’angoisse tout autant que la première fois. Je n’arrive toujours à me résoudre à me laisser porter. Les voyages sont dangereux pour la santé mentale, ils mettent en péril, creusent leur sillon maléfique, mais ils ne sont dans les faits jamais aussi spectaculaires que ce qu’on imagine. Tout se passe généralement bien. Il faut avoir l’âme torturée pour ne rien en tirer et vivre dans l’angoisse. Mais je suis peut-être plus torturé qu’il n’y paraît.
Je viens de terminer le très beau livre de Mathias Enard (je déteste vraiment ce prénom), Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants. C’est réellement un très beau livre, quelque chose de précieux, qui se sert de réalités composées pour en faire une très belle histoire.
Son carnet c’est sa malle.
Le nom des choses leur donne la vie.
11 mai, voile latine, tourmentin, balancine, drisse, déferlage.
12 mai, garcette, cabestan, varangue, coupée, carlingue.
13 mai 1506, étoupe, amadou, briquet, mèche, cire, huile.Mathias Enard, Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants
Actes Sud, 2010
Moi, j’ai des haut-le-cœur, je me rigidifie à mesure que le temps passe.
Je ne sais pas ce que je vais lire à présent. Est-ce que je me lance dans quelque chose ? Est-ce que je continue ces deux deux pavés que j’ai commencés ? Qu’est-ce que j’emmène à lire en vacances ? Je ne sais pas quoi faire. Le venin me paralyse.