Archive for July, 2013

#115

Jul 25 2013 Published by under Uncategorized

La chaleur tonifie mon corps et le rend parfois plus maître de lui-même que je ne peux l’être moi-même. En revanche, mon esprit s’enfonce dans une étrange terreur ; mon imagination me donne tous les signes d’un tarissement incroyable, ma capacité de penser s’arrime au nécessaire vital mais guère plus. Je deviens sec comme un coup de trique.
Trop facile de toujours mettre ça sur le compte de la fatigue d’une fin d’année chargée. Les excuses sont toujours trop faciles et n’ont en elles aucune espèce d’exigence. Ou alors est-ce moi qui en ai trop, d’exigences. Je n’arrive à m’accrocher à rien et trouve tout empli d’une grande vanité.

285€

Photo © Andrea Floris

Siddhartha se souvint tout à coup d’une phrase que la courtisane lui avait dite au temps de sa jeunesse. Cette phrase c’était « Tu ne peux pas aimer », et il en avait convenu, et il s’était comparé, lui, à une étoile et les autres hommes à la feuille qui tombe ; ce qui ne l’avait pas empêché de sentir un reproche dans ces paroles. En effet, jamais son cœur n’avait pu se fondre dans celui d’un être aimé, se donner pleinement jusqu’à l’oubli complet de soi-même, jusqu’à faire des folies par amour pour un autre ; jamais il n’avait été capable d’une chose semblable et c’était là, croyait-il alors, la grande différence qui le séparait du commun des mortels.

Hermann Hesse, Siddhartha
Editions Bernard Grasset, 1925
Traduit de l’allemand par Joseph Delage

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#114

Jul 24 2013 Published by under Uncategorized

Difficile ce matin de trouver autant de raisons d’être heureux que de ne pas l’être. C’est une sorte d’état passager, sans raison, sans pourquoi, une gangue sombre.
Ça devrait passer.
Il me semblait avoir des choses à dire mais le vent a effacé ces traces.

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#113

Jul 21 2013 Published by under Uncategorized

Ce matin, le soleil arrive à peine à percer dans un ciel laiteux ; la journée risque d’être chaude et le retour sur Paris le sera assurément. Pour l’instant, à 9h00 du matin, il fait déjà 19°C dehors, ce qui est exceptionnel pour ici.
Hier, je suis allé jusqu’à Tréguier, à la coopérative marine où je me suis acheté un superbe pull-over “officier” à la coupe ajustée, un peu rèche mais parfait pour les soirées fraîches en Bretagne, mais aussi une paire de chaussure “bateau” en nubuk bleu (des blue suede shoes en somme) très confortable puisque la semelle elle-même est en nubuk, et un sac “rucksack” (que je préfère toujours appeler lucksack) pour un prix presque indécent. Profitons-en…

Je suis allé promener mes guêtres du côté de Plougrescant, à Poul Stripo, qui est à mon sens le coin le plus sympa de la ville, avec ses petites plages encaissées qu’on peut voir se dérouler jusqu’au gouffre et au château, dans une immense baie très accidentée. L’air y est toujours particulier et l’ambiance incomparable. C’est mon petit coin de Bretagne. J’ai voulu revenir à Porz Bugeles mais les accès son désormais condamnés par la route. Dans un sens c’est plutôt bien de voir la côte et la nature reprendre leurs droits, mais d’un autre, un immense parking va très certainement développer la fréquentation. Auparavant, la vingtaine de place du petit parking empêchait de facto une trop grande affluence. Désormais, ce sont à mon avis 150 places qui sont accessibles depuis le champ de derrière. Je n’ai pas osé remettre les pieds à Porz Hir, de peur de voir des choses qui ne m’auraient pas plues. J’ai filé ensuite sur Paimpol pour me rendre à la librairie du Renard, où peu inspiré je n’ai acheté que des livres pour mon fils (L’île au trésor, Moby Dick, etc.) mais où j’ai découvert que parmi les habitués du lieu se trouvait également un certain Tanguy Le Peru… que je ne connais pas. J’avais presque oublié en donnant mon nom que je n’étais certainement pas ici un unique représentant. En revenant un peu sur mes pas, j’ai regardé la vitrine du vendeur de livres anciens (le Bateau-Livre) qui se trouve non loin et je suis tombé sur une série de Pierre Loti, dont je suis toujours les traces. Je lui ai demandé de me montrer un très beau livre illustré par Henri Deluermoz, Vers Ispahan, avec des hors-textes au pochoir magnifique, protégés par des serpentes pour les plus colorées, pour lequel j’ai fini par craquer malgré ses 110 euros… C’est un beau cadeau que je me suis fait là. J’ai payé par chèque et lorsqu’il a vu mon prénom, il s’est exclamé que j’avais un très joli prénom, très rare, et que je devais m’en trouver très fier. Je suis allé prendre un cocktail à la terrasse du K’Loys puis j’ai dîné au vent frais du soir, à la terrasse du Restaurant du Port, qui malheureusement n’est pas aussi bon que sa carte le laisse prévoir. C’est bon, mais sans plus.
En retournant à la maison, je me suis retrouvé bloqué à Pontrieux par la pardon annuel à Notre-Dame des Fontaines, où j’ai pu assister à la ferveur des catholiques d’ici, une ferveur à la fois pleine de culpabilité, d’auto-flagellation et de rites ressemblant à des rites d’un autre âge, ou peut-être quelque chose d’un peu païen. Sous le pont de chemin-de-fer, la procession s’est arrêtée pour faire un grand feu de joie pendant lequel il y avait un silence assourdissant, uniquement dérangé par le crépitement du bois sec dans les flammes. Très impressionnant. Un chant (le magnificat) a été prononcé, puis le cortège s’est ensuite remis en route dans le silence et s’est dirigé vers d’autres stations, éclairées par de multiples luminaires représentant des ancres marines, des étoiles, disséminées dans toutes la ville.
Vu Jean en coup de vent ce matin. Il ne se souvient manifestement pas de moi. Pas plus qu’il y a deux ans, ce qui me convient parfaitement. Paulette, elle, avec sa vue basse et son front haut, est moins bête qu’il n’y paraît et m’esquive soigneusement en prenant son poulet à cuire comme prétexte. Tout me va, ça nous évite facilement de nous parler. C’était certainement la dernière fois que je prenais le soin d’être poli et certainement aussi la dernière fois que nous nous voyions. Inch’Allah.
Les abrutis de derrière sont toujours aussi intrusifs, mais par chance, tout ceci va bientôt se terminer.

Encore une fois, je quitte les lieux sans trop de pincements au cœur.

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