#140
De retour de la jungle qu’est Bangkok, jungle que les animaux qui foulent son pavé, même les nouveaux venus, ne peuvent à mon sens s’empêcher ni d’aimer profondément, ni de haïr comme on pourrait haïr une ancienne maîtresse brûlante. Arrivé dans sa cohue le 25 au soir après avoir passé ma journée à attendre un bateau qui aura eu l’effronterie d’arriver en retard, je me suis dépêché de me vautrer dans le lit moelleux de l’hôtel avant de me replonger dans ses enchevêtrements dès le lendemain matin. Je suis parti dans le quartier de Wat Intharawihan en remontant le Chao Phraya pour aller acheter des pellicules photos Kodak Color même pas périmées à 65 bath l’unité (1,50 €). J’ai ensuite plongé tout mon corps dans la partie ouest de Chinatown et qui est en réalité autant chinoise qu’indienne, une espèce de fatras indescriptible où la vie grouille comme la surface pleine de bourre d’un khlong, même à l’échelle microscopique ; je dirais même surtout à l’échelle microscopique… La lumière s’est troublée, à viré au orange bure de bonze et le ciel s’est abattu d’un seul coup, me trempant jusqu’à l’os sous un ciel dont la teinte avait pris la couleur sable du Chao Phraya. Même pas le temps de me mettre à l’abri. J’ai finalement partagé une cabine téléphonique avec un chien qui n’en pouvait plus de ce temps de…
Vue de l’hôtel Chatrium
sur le Chao Phraya au petit matin,
Bangkok, Thaïlande, août 2013
J’ai quitté la Thaïlande hier matin (3h55, heure de Paris) dans un chaos indescriptible d’embouteillages et de pollution, mais avec un chauffeur de taxi sympa, pour une fois. Je l’ai quittée sans regrets, pas mécontent même. Comme toujours, j’ai beaucoup de mal à dormir dans l’avion, même avec des bouchons d’oreille ; le sommeil chez moi est un acte solitaire qui ne souffre les bruits et les passages. Du coup, je me suis levé à 4h30 et je sais que j’aurai mon coup de fatigue sur les coups de 16h00.
Le plus dur n’est pas de revenir de voyage, ce n’est pas de quitter les endroits que l’on s’est approprié, ce n’est pas l’impression que derrière soi le monde ne s’en sortira pas une fois qu’on sera parti ; c’est la difficile réadaptation au monde de la quotidienneté, aux mécanismes de la sourde musique des jours, la température, la lumière, le rythme de vie que l’on a choisi plus ou moins intense, se caler à nouveau sur des heures qu’on s’était permis d’occulter… En quelques heures, tout s’effondre pour susciter à nouveau le désir de partir… Les voyages font du bien à l’âme pour tout ce qu’on en retient, autant que pour ce qu’on en oublie.
Voici désormais venu le temps de la recollection, de la mise bout à bout de tout, je n’ai plus le droit d’attendre.