#152

Oct 02 2013

Déjà trois jours que je suis revenu d’Arcachon, la gorge sèche, incapable d’écrire, capable de tout. L’air de l’Atlantique m’a fait du bien, mais le mariage m’a laissé une curieuse impression que j’essaie de chasser. Oh oui évidemment, la mariée était belle comme le jour, le marié dans son uniforme de la marine n’était pas en reste, tout le monde était splendide, les yeux tournés vers le couple, tout était très beau, tout était parfait, tout le monde avait l’air heureux pour eux. Sauf que je ne sais pas… Parmi eux, il y avait moi qui avait du mal à rester en place, il fallait que je marche, que je bouge, que je fasse marcher mes jambes, alors j’allais au soir couchant souvent rencontrer la mer, l’entrée du Bassin d’Arcachon sous mes pieds, le phare de Cap Ferret en face… J’ai comme l’impression de m’enfermer dans un mutisme de lave froide, m’asséchant comme un épi de maïs au soleil, sans passion, sans plus de désirs. Ou alors au contraire traversé de trop de passions et de désirs et incapable de les satisfaire…

Dune du Pilat - La Teste de Buch

Vendredi soir, je me suis payé le luxe de gravir la dune du Pilat par le flanc et d’attendre que le soleil se couche dans l’air tiède d’une belle soirée d’automne, les pieds dans le sable frais et les cheveux au vent. Toujours un braillard pour gâcher le plaisir. Et puis l’astre de feu est descendu derrière les nuages, encore une occasion ratée de le voir plonger dans la mer. Quand je dis que je suis trop exigeant… En tout cas, l’Atlantique reste mon océan de cœur, malgré mes affinités avec la Méditerranée. Mon grand-père m’en avait souvent parlé de cette dune et enfin je l’ai vue… La plus haute d’Europe. Arcachon c’était aussi mes premières vacances à la mer, à peine né. Autant dire qu’il n’en reste rien.

A Possession, dans le confinement des baraques, sous la loupe noire de chaque instant, mon exil a une odeur, en particulier dans la chambre et le salon. J’aurais du mal à la définir. Un mélange d’iode vicié (comme dans ces villas du bord de mer, closes l’hiver), de relents de nourriture, de parfum d’algues en fagots, d’antirouille et d’huile à moteur. Je crois que je ne pourrai pas l’oublier. Comme un tango notturno… Il y aussi les mouches, des bleues, assez grosses, entêtées, qui tournent autour des phoques et souvent nous assaillent. Leur bombinement agacé est caractéristique. Heureusement le froid les tue. Au pied des fenêtres, il me faut les ramasser par dizaines à la balayette, mortes, craquantes. Elles réapparaissent au printemps, goulues de tout, goulues de nous.

Jean-Luc Coatalem, Le gouverneur d’Antipodia
Le Dilettante, 2012

Comme au sortir d’un mauvais rêve, il va falloir que je compose entre l’oubli et l’attachement aux belles images. Et sortir de son propre être pour enfin savoir ce qui m’anime…

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#151

Sep 26 2013

Quelle belle journée que celle d’hier. Un temps superbe, je n’ai pas arrêté de bouger, Maison de l’Éducation à Saint-Ouen, Base aérienne de Taverny l’après-midi et quand je suis revenu, j’ai appris que ma petite Sarath avait décroché la timbale avec ses tests d’entrée en formation. Un autre de mes stagiaires que je voulais libérer avant son entrée en formation a refusé tout bonnement. J’en suis resté décontenancé.
Il ne m’en reste plus que deux à suivre.
J’ai pu aussi terminer mon devoir de sociologie, l’envoyer et boucler ainsi 30% du total de mon master. A présent, je me focalise sur le travail collectif, l’aspect le moins sympa de cette expérience, mais ça compte pour bonne partie dans la note finale, alors on ne rechigne pas. J’ai réellement l’impression de produire quelque chose et c’est ce qui compte.

Céramiques d'Iznik à Topkapı Sarayı - Istanbul - mai 2013

Céramiques d’Iznik à Topkapı Sarayı
Istanbul – Turquie – mai 2013

La beauté vient de l’abandon du refuge des formes anciennes pour l’incertitude du présent.

Mathias Enard, Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants
Actes Sud, 2010

A compter de ce soir, je suis en relâche. Je pars demain matin à Arcachon pour le mariage d’une ancienne collègue. Quelques jours de vie pour se laisser bercer par le chant de l’Atlantique et lâcher prise, juste ce qu’il faut, tout dans la mesure.
On m’a suggéré que je pourrais me mettre à l’Aïkido, mais franchement, je ne sais pas, je fais déjà trop de choses et j’ai peur de ne plus pouvoir suivre. Chaque chose en son temps.

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#150

Sep 20 2013

Je m’attendais à ce que des jours mauvais me saisissent. Je m’attendais vraiment à ce que je finisse par me sentir submergé. C’est toujours la même histoire. Je tiens toujours mes délais, mais à quel prix.
J’ai l’impression de mettre toute mon âme dans ce master, parce que je veux absolument le réussir et m’en tirer avec les honneurs. Il ne faut pas que mon passage reste quelque chose qui ne fasse pas trace. Étrangement, j’ai une conception de l’honneur qui ne correspond pas à ce siècle et que me permet tout de même de m’y retrouver. Un peu ma marque de fabrique.
J’accuse une fatigue mentale terrible, ma vue se brouille, je finis par m’endormir symboliquement dans les endroits les plus improbables… L’expérience de Sevran me pompe littéralement toute mon énergie. Mardi midi seulement, j’étais en pleine forme. Ce vendredi matin, je ne suis plus qu’une ombre déterrée.

Bayramhaci

Lac artificiel de Bayramhacı – Province de Kayseri
Turquie, mai 2013

Pour l’instant, il n’existe rien que des bribes qui mises ensemble ne veulent rien dire. Mais je ne lâche rien, je m’acharne, je trime…

J’aimerais, cher Monsieur, à vous parler des hommes davantage ; mais je n’ai encore vu que des œuvres.

André Malraux, La tentation de l’occident
Œuvres complètes, t1, Pléiade
NRF Gallimard

Personne ne le sais encore, mais il y a des chances que l’année prochaine, je continue…

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