Archive for April, 2013

#57

Apr 17 2013 Published by under Uncategorized

Reliques barbares. La relique barbare ; c’est ainsi que John Maynard Keynes nommait l’or, mais c’est ainsi que l’on pourrait nommer les bijoux de ces pays dont on a du mal à conserver le souvenir tellement ils sont devenus inaccessibles, lointains. Tout ceci ne doit pas faire perdre de vue le fait que les humains, s’ils ont créé des chefs-d’œuvre, ils ne sont pas exempts de les détruire. Les Mongols ne sont pas gênés pour raser certaines des plus belles cités ; Balkh ou Gonbad-e Kāvūs font partie du lot ; il ne reste plus rien des antiques cités, mais les humains sont toujours là.
Je regardais hier le prix des billets d’avion pour Mashhad en Iran, c’est donné. On dirait que ces destinations sont bradées étant données les sanctions économiques appliquées au pays. Adresse de l’ambassade de France en Iran : 85, rue Neauphle-le-Château, Téhéran. A mourir de rire…
Mashhad, frontière avec le Turkménistan, moins de 200km de l’Afghanistan, icône du chiisme, tombeau de l’imam Reza (Abû Hasan `Alî bin Mûsâ al-Ridhâ, أبو الحسن علي بن موسى الرضا), le huitième du chiisme duodécimain.
Connaître le monde inconnu… n’en reste que des témoignages.

Gohar Shad, tombeau de l'imam Reza

Photo © Sacred Sites

Oublions le bleu impérissable de la mosquée de Gohar Shad, la chaleur accablante dans les cours qui semblent résonner dans une harmonie de couleurs et de formes. Oublions l’obscurité et le luxe des miroirs à l’intérieur du sanctuaire, les gémissements et les pleurs des pèlerins décharnés, ces chiites venus de tous les coins de l’Asie et qui ont rêvé pendant des dizaines d’années de baiser les barreaux du sarcophage. Ils ont traversé le désert et subi les pires fatigues pour pouvoir aujourd’hui poser leurs pieds nus sur le sol de marbre et voir s’ouvrir les quatorze portes d’argent et les deux portes d’or. Ils s’agenouillent alors en sanglotant, s’accrochent avec les cris rauques de l’épuisement et de la joie hystérique aux barreaux de fer derrière lesquels, dans le noir, repose l’imam, au milieu de tapis modernes, de turbans, d’offrandes votives et de textes saints. Dehors, tout autour de la spacieuse mosquée, les artisans — chaudronniers et orfèvres, selliers et tailleurs — travaillent dans de minuscules échoppes semblables à des cages. Dans des pièces aux voûtes arrondies, remplies de tapis poussiéreux, les vendeurs marchandent, et le puits qui descend du bazar jusqu’aux ténèbres de la citerne compte cinquante marches. Les porteurs en guenilles vacillent sous le poids de leurs outres de cuir.

Annemarie Schwarzenbach, Où est la terre des promesses ?
avec Ella Maillart en Afghanistan (1939-1940)

Editions Payot

Je me demande si un jour je me satisferai de l’endroit où je me trouve…

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#56

Apr 16 2013 Published by under Uncategorized

J’ai  attrapé presque sans le faire exprès le livre d’Annemarie Schwarzenbach, Où est la terre des promesses ? avec Ella Maillart en Afghanistan (1939-1940). Je dis sans le faire exprès parce que je pense qu’inconsciemment, ça devait être là. Ella Maillart, Nicolas Bouvier, Colin Thubron, Annemarie Schwarzenbach, Robert Byron…. tous ceux là sont partis sont les routes de l’Asie centrale ou de l’Asie Mineure… On a beau se dire que ce qu’ils ont fait, ils ont pu le faire parce que les temps leur permettait, mais je ne suis pas certain qu’on puisse dire que les année 40 étaient les meilleures pour que Maillart et Schwarzenbach traversent la Turquie, ni que les années 90 fussent les meilleurs pour que Thubron sillonne l’Afghanistan… et pourtant ils l’ont fait, envers et contre tout…

Gawhar Shad

Hier soir, je lisais avec ahurissement ces pages fantastiques de L’ombre de la route de la soie, de Colin Thubron, que je lis avec délectation et que je mets un temps incroyable à terminer, ces pages, donc, où il entre par effraction dans la mosquée de Gawhar Shad en Iran, noyé dans le flot des fidèles presque en transe affluant en tourbillons dans ce joyau de l’architecture timouride et je dois avouer que je suis de plus en plus fébrile à l’idée de pouvoir un jour entrer dans ces terres tellement hostiles à cause d’un climat politique détestable que ça en devient excitant… L’interdit me rend volontaire. Je lisais il y a peu de temps qu’il est interdit pour un non-musulman d’entrer dans l’enceinte de la Mosquée du Prophète (Al-Masjid Al-Nabawi) à Al-Madīna et que contrevenir à cette règle est passible d’emprisonnement ou de la peine de mort. Une seule parade à cela ; obtenir un certificat de conversion à l’Islam. Ou faire la tête brûlée comme Thubron. Bon, là c’est presque du délire.
On n’a pas idée des trésors que recèle l’architecture afghane et on n’a pas idée à quel point ce patrimoine est en train de tomber en ruine.

Ramasse-miettes ; j’aime bien cette appellation…

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#55

Apr 15 2013 Published by under Uncategorized

Je viens de terminer le livre de Nicolas Bouvier, Il faudra repartir. Écriture saccadée, formulaire, lapidaire, de simples notes de voyages inédits. Émouvant quand on connaît l’homme de voir à quel point il souffrait de ses maux de jambes (non, non je ne fais aucun lien). A présent, je me sens comme vidé et je ne sais pas quoi lire, j’ai presque envie de faire une pause ou je ne sais quoi. Je n’ai jamais lu autant de romans et aussi peu d’ouvrages universitaires que lorsque je faisais mes études de philo à Paris VIII et j’ai l’impression que je suis en train de recommencer, comme si le travail universitaire ne pouvait se passer de la vie romancée. Étrange.
Je replonge à l’intérieur de moi par cette écriture, un moment de vie particulier. Peut-être aussi parce que je suis moins dans le dehors, moins dans la démonstration de ce que je suis qu’il me faut plus écrire ici. C’est sans mots.
Je crois, hier, avoir raté mon aquarelle et ça m’agace parce que je n’ai pas envie de recommencer un tel format. La solution viendra peut-être de rehauts de blancs sur un visage trop foncé. Agaçant.
Alors, je lis quoi maintenant ? J’ai envie d’histoire, l’Histoire avec un grand H et il ne me reste pour ça qu’une poignée de minutes…

Il faut alors revenir en soi, ou plutôt à ce courant imprévisible que les choses qu’on aime ont choisi pour nous rendre visite, pour emprunter cet étroit passage, le seul que nous pouvions lui offrir…

Nicolas Bouvier, Il faudra repartir
Canada, automne 1991
Éditions Payot

Retrouvé ce poème de Bouvier dans Le dehors et le dedans :

C’était hier
Plage noire de la Caspienne
Sur des racines blanchies rejetées par la mer
Sur de menus éclats de bambou
Nous faisons cuire un tout petit poisson
Sa chair rose
Prenait une couleur de fumée
Douce pluie d’automne
Cœur au chaud sous la laine
Au Nord
Un fabuleux champignon d’orage
Montait sur la Crimée
Et s’étendait jusqu’à la Chine
Ce midi-là
La vie était si égarante et bonne
Que tu lui as dit ou plutôt murmuré “vas-t’en me perdre où tu voudras”
Les vagues ont répondu “tu n’en reviendras pas”

Aujourd’hui, je dois reprendre le dessus, éviter d’inspirer la pitié avec ma patte folle.
Passé un peu de temps avec mon fils hier dans l’air doux d’un premier jour de printemps ; un soleil chaud mais un air encore un peu frais sous le vent d’est. Nous avons flâné l’un à coté de l’autre.
“Tu n’imagines pas à quel point je t’aime, Papa”.
Ce matin, il fait un superbe soleil orange, un soleil de fin du monde, un soleil qui fait du bien et surtout un soleil qui ne dure pas. La pluie tombe à nouveau.

A présent que cet espace existe, il faut que je reste convaincu de son utilité, de son bien fondé et surtout de son équilibre ; il faut qu’il reste le dépositaire de tout ce qui ne peut apparaître ailleurs, une sorte de fil rouge qui me permette d’accumuler les connaissances ramassées au fur et à mesure de la route, un havresac qui me donne la possibilité de tout collecter sans rien laisser de côté. Un ramasse-miettes en somme.

J’ai retrouvé dans mes papiers cette photo étrange représentant un naga baba, un sādhu sur une tombe, derrière un crâne posé sur le rebord de la pierre tombale ainsi qu’un feu de bois se consumant. Je n’ai pas réussi à en trouver la source, ni l’origine. J’ai dû imprimer cette photo le jour où je suis tombé dessus, sans vraiment en comprendre la signification. Tout ce que je sais, c’est que les sādhu s’enduisent le corps de cendres d’un feu allumé en l’honneur de Shiva et qu’ils passent leur existence à mortifier leur corps pour en annihiler la dimension charnelle. J’aurais aimé pouvoir retrouver cette photo, l’imprimer en grand et la mettre sur mon bureau. En attendant, j’y ai déposé un petit bouddha, tout petit, en bronze, venant du marché aux amulettes de Bangkok. Pour me rappeler à chaque instant qu’il n’est pas besoin de partir si loin pour se sentir dépaysé.

Tous les voyages sont ethnographiques. Votre propre ville même, si vous l’étudiez avec la patience, la curiosité et la méthode que les meilleurs esprits mettent à l’étude d’une tribu sauvage, attendez-vous à des surprises. Le quotidien n’existe pas. L’ordinaire n’existe pas. Vous croyiez connaître la chambre ? Vous vous apercevrez que vous ne savez pas même d’où viennent les meubles, ni qui paie le loyer.

Nicolas Bouvier, Le vide et le plein

Cet après-midi, j’ai testé une nouvelle façon de travailler avec les jeunes, sur des groupes hétéroclites lorsqu’ils ne sont pas avec leur groupe d’origine. L’expérience a plutôt pas mal marché, mais il faut que je diversifie les supports pour me permettre plus d’amplitude sur les sujets étudiés.

Découvert il y a quelques temps l’étrange Monument de Buzludzha en Bulgarie, une espèce de soucoupe de volante surréaliste tout droit sortie de l’ère communiste, abandonnée, démesurée. Cliquer sur l’image pour voir les photos de Timothy Allen sur le sujet.

Buzludzha

Les figures humaines dans l’art paléolithique, par Jean-Pierre Duhard ; Une bonne base de travail sur les représentations sexuées dans l’art dont je me suis déjà servi il y a quelques temps.

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